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    Mai 68 (Partie 3/3)

    Pourquoi une telle défaite?

    D’abord, parce que le système électoral était profondément anti-démocratique : la jeunesse de moins de 21 ans n’avait toujours pas le droit de voter, et autour de 300.000 jeunes qui avaient atteint l’âge de la majorité ne purent voter à cause du refus de gouvernement d’actualiser les listes électorales.

    En même temps, il n’y avait que le PCF en lice ; ni la SFIO ni le PSU - les deux autres forces de la gauche réformiste - n’avait un réel soutien de masse. Enfin, il faut ajouter le fait que, pour des centaines de milliers de jeunes et de travailleurs, les élections étaient "un piège à cons".

    Le PCF paya cher le rôle qu’il avait joué en mai. Depuis, il n’a cessé de perdre son influence auprès des travailleurs en général, et des jeunes en particulier. Il avait la chance d’en finir avec la Vème République ; il a choisit de la préserver.

    De plus, le vide politique à gauche que les dirigeants réformistes avaient pu constater lors des jours de mai et, plus encore, lors des élections, fut comblé en 1971 par la fondation du PS.

    Bien qu’il n’ait pas rempli toutes ses promesses, toute sa potentialité, le mouvement de mai eut des conséquences profondes.

    Par la suite, "l’Etat fort" gaulliste fut largement démantelé sous Pompidou et la société française ouvrit ses vannes... pour mieux récupérer les éléments les plus vénaux.

    De même, la politisation de toute une génération de jeunes et l’expérience de la plus grande grève générale que l’Europe ait jamais connue, demeurent toujours dans les esprits.

    Mais l’Histoire n’est pas seulement faite de ce qui s’est passé. Elle est aussi ce qui aurait pu se passer. Et là, la réponse est claire. Mai 68 n’était pas la révolution, mais elle aurait dû l’être. La " acance du pouvoir" constatée durant les jours de mai aurait pu être remplie par les masses travailleuses et par les jeunes.

    Les formes de dualité de pouvoir embryonnaires auraient dû être répandues partout dans le pays. Un parti révolutionnaire aurait pu canaliser l’énergie fantastique des masses vers de nouvelles formes de pouvoir, vers une confrontation décisive avec le capital et ses représentants politiques, de droite comme de gauche. Dommage. On fera mieux la prochaine fois !


    Le PCF contre la révolution

    Malgré l’enthousiasme des masses, malgré la violence des confrontations avec la police, la France ne bascule pas dans la révolution ouvrière en mai 68. Pour reprendre la phrase de Trotsky à propos de juin 1936 : la situation était révolutionnaire, ou plutôt aussi révolutionnaire qu’elle pouvait l’être sans un parti révolutionnaire.

    Dans certaines entreprises, la grève générale créa une dualité de pouvoir. Des dirigeants et des patrons ont été virés, et des éléments du contrôle ouvrier établis. Pourtant, il n’existait pas une dualité du pouvoir au niveau de toute la société. Le Comité de Grève de Nantes était, malheureusement, une exception.

    Une majorité d’entreprises n’avait pas de comité de grève, et les comités qui existaient n’étaient pas composés d’autres forces que les dirigeants syndicaux locaux. Là où des comités ouvriers-étudiants existaient ils furent d’abord des lieux de discussion, non des organes de front unique pour coordonner l’action.

    Au sein des organisations traditionnelles de la classe ouvrière, il n’y avait aucun signe de rupture profonde et mis à part quelques individus, il n’y eut aucune protestation systématique au sein du PCF ou de la CGT contre leur politique de trahison. Pire, les organisations d’extrême-gauche n’ont pas senti l’importance de signaler le rôle traître des réformistes, ni d’organiser les rangs des syndicalistes et des militants du PCF pour pousser à la rupture avec la direction.

    En juillet, Waldeck-Rochet, secrétaire général du PCF, justifiera ainsi la stratégie de son parti :
    "En réalité, le choix à faire en mai était le suivant : Ou bien agir en sorte que la grève permette de satisfaire les revendications essentielles des travailleurs et poursuivre, en même temps, sur le plan politique, l’action en vue de changements démocratiques nécessaires dans le cadre de la légalité. C’était la position de notre parti.
    Ou bien se lancer carrément dans l’épreuve de force, c’est-à-dire aller à l’insurrection, y compris en recourant à la lutte armée en vue de renverser le pouvoir par la force. C’était la position aventuriste de certains groupes ultra-gauchistes.
    Mais comme les forces militaires et répressives se trouvaient du côté du pouvoir établi et que l’immense masse du peuple était absolument hostile à une pareille aventure, il est évident que s’engager dans cette voie c’était tout simplement conduire les travailleurs au massacre et vouloir l’écrasement de la classe ouvrière et de son avant-garde : le parti communiste.
    Eh bien ! non, nous ne sommes pas tombés dans le piège. Car là était le véritable plan du pouvoir gaulliste."

    Quel cynisme ! L’alternative présentée par le PCF - soit une petite augmentation de salaire, soit l’insurrection armée - est complètement fausse. Tous les événements de mai indiquaient que la classe ouvrière cherchait à contrôler tous les aspects de la vie. On ne participe pas à la plus grande grève générale dans l’histoire de l’Europe pour une maigre hausse de salaire !

    Il fallait avancer des mots d’ordres transitoires, capables de renforcer le mouvement pour le contrôle ouvrier dans les entreprises, et appeler à un gouvernement ouvrier, de façon à démasquer le refus des dirigeants réformistes de prendre le pouvoir. Il fallait plus que de simples dénonciations pour briser l’emprise du réformisme sur la masse des travailleurs.
    De plus, il aurait fallu élargir le mouvement à d’autres couches de la population, notamment aux paysans et aux appelés du contingent. Malheureusement, l’appel du 15ème régiment d’infanterie mécanisée de Mützig à la création de comités dans l’armée et qui proclamait que les soldats ne tireraient pas sur les grévistes fut unique en son genre. Une telle orientation, loin d’être impossible, aurait mobilisé la masse des travailleurs, leur fournissant les moyens politiques et organisationnels de rompre avec leur dirigeants réformistes.

    "Voix Ouvrière" et la grève

    L’absence d’un parti révolutionnaire, reconnu en tant que tel par les masses, était le problème fondamental de mai 68. Avant tout, le parti est le programme. La nature révolutionnaire d’une organisation ne vient pas de son auto-proclamation, ni de son implantation chez les travailleurs : en dernière analyse, elle vient du programme avancé par l’organisation. Et là-dessus, toutes les organisations se réclamant du trotskysme ont fait faillite.

    La première urgence était d’assurer le contrôle des travailleurs sur leur propre mouvement, pour faire barrage à toute tentative de la bureaucratie ouvrière de vendre la grève. Ainsi - comme l’ont exigé toutes les organisations se réclamant du trotskysme - il fallait lutter pour des assemblées générales dans les entreprises et pour l’élection de comités de grève, élus et révocables.

    Devant la menace réelle d’attaques policières, il fallait organiser des milices ouvrières pour défendre les occupations et les piquets de grève. Dans les quartiers, il fallait lutter pour l’organisation des comités chargés d’assurer le ravitaillement des grévistes. Il aurait aussi fallu avancer des revendications concrètes pour approfondir et organiser la lutte des travailleurs, pour empêcher la trahison du mouvement par les dirigeants syndicaux et politiques. Mais là-dessus, le suivisme généralisé était à l’ordre du jour. On le voit particulièrement dans la politique de Voix Ouvrière (ancêtre de LO).

    Le 22 mai, VO avança les objectifs suivants pour le mouvement :
    "les occupants ne rentreront pas chez eux, le travail ne reprendra pas avant qu’au moins les travailleurs aient obtenu pleine et entière satisfaction sur les revendications suivantes :
    1. - Pas de salaire inférieur à 1000f.
    2. - Retour immédiat aux 40 heures (ou moins, partout où c’est possible) sans diminution de salaire, avec répartition du travail entre tous.
    3. - Paiement intégral des heures de grève, sans lequel le droit de grève ne signifie rien.
    4. - Libertés syndicales et politiques entières dans les entreprises : droit de libre circulation de la presse et des idées, droit de réunion pour tous, à l’intérieur des entreprises. "

    Cette série de revendications, avancée au moment où la grève générale était en pleine explosion, où 10 millions de travailleurs faisait grève et où la question du pouvoir était posée, était complètement inadaptée à la situation. Sur le fond, VO ne parvenait pas à avancer des revendications autres que celles déjà soulevées par les travailleurs.

    Ce suivisme à l’égard de la conscience ouvrière spontanée s’accompagna d’un autre suivisme, à l’égard de l’action des étudiants.

    Le 28 mai, VO écrivait qu’il faut "continuer le combat commencé sur le terrain où il a commencé, dans la rue. Ce n’est que dans la rue que l’on conteste réellement le pouvoir de Gaulle car ce n’est que là qu’est mise en cause la force qui le soutient : les bandes armées de ses policiers."

    Mais à la fin du mois de mai la contestation réelle du pouvoir avait lieu d’abord dans les entreprises occupées et non plus "dans la rue". Pire, les combats de rue avec la police - avant tout une tradition parisienne et étudiante - aussi impressionnants et médiatiques soient-ils, n’allaient pas ébranler la République.

    L’organisation des travailleurs dans des comités de grève et des milices, l’occupation des entreprises, étaient le moyen principal de construire un réel contre-pouvoir. Pour mettre en cause "les bandes armées", il fallait d’abord que la classe ouvrière se montre capable d’organiser la société autrement, de rompre avec les illusions parlementaires et les dirigeants réformistes - politique et syndical - et pas seulement de gagner une bataille de rue.

    D’où l’importance de donner aux travailleurs des structures -- notamment au sein des syndicats et dans les entreprises (syndicalisation massive, mouvement de la base, élection des comités de grève) - capables de mener à la rupture avec les directions réformistes, et de lutter pour une assemblée constituante, convoquée et défendue par les formes d’organisation que se donne la classe ouvrière, comme partie intégrante de la lutte pour la création de conseils ouvriers.

    Si VO avait été plus nombreuse, plus influente, telle "le" parti révolutionnaire, quelle aurait été la conséquence de cette politique ? Ou bien VO aurait constitué "l’aile gauche" d’un mouvement ouvrier spontané suivant des revendications économiques, ou bien elle aurait sombré dans un aventurisme petit-bourgeois. Dans tous les cas de figure, sa méthode centriste et suiviste n’aurait pas permis de conduire les travailleurs à la victoire.


    Source : http://www.pouvoir-ouvrier.org/histoire/1968.html
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